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Le Garçon et la Bête : d'un monde à l'autre

Le Garçon et la Bête est le dernier film de Mamuro Hosoda. Il s’agit de sa deuxième réalisation en tant qu’indépendant, après Les enfants loups, Ame et Yuki. Il nous offre de nouveau une histoire d’animaux anthropomorphes. On y suit Ren, un jeune garçon qui a perdu sa mère et qui refuse d’aller vivre dans la famille de sa mère. Il rencontre Kumatetsu, une bête maître d'armes, qu'il suit dans son monde. Il grandit à ses côtés, prend le nom de Kyuta et devient son disciple.

Concevoir deux mondes


Mamoru Hosoda

Mamoru Hosoda conçoit ses films comme le feraient des réalisateurs de films classiques : il crée ses personnages en pensant à un acteur. A ceci près qu'à la place d’acteur, il imagine l’animateur qui donnera vie à son personnage. Il espérait ainsi que chacun mette sa patte sur la scène dont il a la responsabilité pour donner à chaque moment du film plus de profondeur.

Une importante difficulté dans la conception de ce film a été de mélanger image traditionnelle et image de synthèse. La foule est réalisée en image de synthèse car il est beaucoup plus simple de gérer ainsi autant de personnages que de demander à un animateur de tous les réaliser à la main. Les décors sont dessinés à la main puis transposés en image de synthèse pour simplifier la tâche des animateurs. Ils peuvent ainsi jouer avec eux quand ils animent leur scène. Pour le réalisateur, images traditionnelle et de synthèse, c’est la même chose. Il ne s’agit que « d’une plume » pour transposer ses idées et sa vision des mondes qu’il a créés. Choisir l'un ou l'autre dépend donc de la situation.

Le héros du film passe continuellement du monde des hommes à celui des bêtes. Le monde des hommes est représenté par Shibuya, une ville du Japon que le réalisateur a voulu retranscrire fidèlement. Ainsi il a ancré le monde dans une réalité palpable pour qui connaît cette ville. Le monde des bêtes, Jutengai, est basé sur différents pays. Ce mélange lui donne un côté folklorique. Par exemple, le Maroc a inspiré le marché de Jutengai avec la place principale de Marrakech, la place Jemaa el-Fna. Le compositeur, Takagi Masakatsu, a donné à la musique du film une touche sud-américaine traditionnelle, une musique qu’on se plairait à jouer, chanter et danser en même temps. Notre héros est balloté entre deux mondes très distincts et avec tous les deux une forte personnalité.

Pères et fils


Kumatetsu et Ren (au premier plan) avec derrière eux, tous les personnages du film

« Qu’est-ce qu’un père ? ». Telle est la question qui a donné naissance au film. Le réalisateur venait d’être papa. Il s'est énormément interrogé car il n’arrivait pas à trouver sa place avec l’arrivée d’un enfant dans le cocon familial. Pendant cette phase de questionnement, il lisait des histoires à son enfant. Il s’est rendu compte que dans ces histoires, les enfants parlaient pratiquement toujours à des animaux comme s'ils avaient besoin d'un guide animal pour grandir. Il réalise ce film pour prendre de l’avance sur sa vie, pour mettre sur papier certaines de ces inquiétudes et les anticiper. A partir de ces idées, il a développé un monde qui doit amener Ren/Kyuta à grandir et à devenir un adulte à travers des pères.

Il a beaucoup réagi à la notion de père dont il écarte la notion de père de sang. Pour lui, un père est quelqu’un qui transmet un savoir et qui influence l’éducation d’un enfant. Un père peut être un garçon de notre âge qui nous fait découvrir un nouvel univers à travers lequel l'enfant grandit. Cette représentation nouvelle du père lui est venue avec les changements dans la société nippone où le nombre de famille monoparentale augmente et où le célibat est beaucoup plus présent. Selon Hosoda, ces transformations rendent plus prévalente sa définition de père spirituel. Kumatetsu est le père en tant qu'exemple pour Kyuta. Keade joue aussi le rôle de père car cette jeune étudiante fait découvrir à Ren la culture et la littérature .

Hosoda voit l’animation comme un art dont une influence est toute particulière. En effet, elle est la forme cinématographique privilégiée des enfants. Elle est donc très importante dans la constitution de leur univers. Les enfants doivent donc être au centre de la création artistique. Il ne faut cependant surtout pas se cantonner à des thèmes enfantins qui pourraient rendre le film niais : l'équilibrisme par excellence.

Un succès critique international mais local en salle

Le film est un énorme succès au Japon où il termine deuxième du box-office de l’année 2015. Malheureusement, il réalise de très mauvaises performances dans le reste du monde. Il a été nominé aux Annie Awards du meilleur film pour l'année 2015 mais a échoué face à Vice-versa de Pete Docter et Ronaldo Del Carmen.

Portrait de Honir
Honir

Fan de cinéma d'animation et d'Histoire ancienne | Rédacteur débutant

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