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Le bestiaire sous-marin du cinéma

Après le loup, nous nous intéressons maintenant aux créatures marines et assimilées. Ici, on nage, on glisse et on dévore.

 

Le Choc des Titans de Louis Leterrier avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes (2010)

Quand il s’agit de monstre et qui plus est marin, on peut sans hésiter dire que la bestiole ultime est Godzilla. En japonais, son nom lui-même est un mot-valise combinant gorille et baleine. Ses origines varient mais il est en somme une créature maritime préhistorique réveillée par une explosion nucléaire. Comme nous l’avons déjà évoquée dans l’article sur « Une ville et ses films : Tokyo », passons à la deuxième créature marine la plus impressionnante: le Kraken.

Son origine est scandinave et daterait du XIIIeme siècle. Le Kraken était décrit comme une pieuvre vivant en eau profonde et suffisamment massive pour faire sombrer un navire. Dans le remake du Choc des Titans, le réalisateur français Louis Leterrier l’insère dans la mythologie grecque. Hadès menace de libérer le bestiau des fonds marins si la belle Andromède n’est pas sacrifiée. Persée dit non, le Kraken sort des eaux. Persée, doté de la tête de la Méduse, le combat et renvoie Hadès dans les entrailles de la Terre. Fin.

1981
2010
Quelques progrès réalisés entre 1981 et 2010. Vivement le prochain remake... quoi que...

Sans mal, la version de 2011 est plus impressionnante que celle de 1981: CGI moderne qui pourront intéresser certains vs. animation image par image d’une créature en caoutchouc. Malgré de bons acteurs, le film de 2010 n’en est pas réussi pour autant.

 

Les Dents de la Mer de Steven Spielberg avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss (1975)

De petits yeux presque sans vie, un instinct prédateur sans pitié, un corps dont la seule fonction semble être de porter une dentition démesurée… le requin fait peur. Il n’est pas plus commun ni plus menaçant que l’homme lui-même et pourtant. Il est à la mer ce que le loup est à la forêt: une menace primitive bâtie pour vivre dans un élément hostile face auquel nous sommes sans défense. Les films de requins sont légions et jouent sur cette peur. The deep (1977), Peur Bleue (1999), Open Water (2003), The Reef (2010), Shark Night 3D (2011), Bait (2013). Tous ces films sont et seront comparés à la référence en la matière, Les Dents de la Mer. Le troisième film de Steven Spielberg est un chef d’œuvre à plus d’un titre. Il le révéla au grand public. Nous avons tous en tête la musique oppressante, allant crescendo à l’approche d’un requin. Les vues plongeantes lors ses assauts ont provoqué les arrêts cardiaques à plus d’uns. En l’absence de CGI, des procédés sophistiqués comme un requin mécanique ont été utilisés pour plus de réalisme.

Les Dents de la Mer a non seulement rencontré le succès de la critique (3 Oscars sur 4 nominations) mais également commercial: selon IMDB.com, il réalisa une recette de 260 millions de dollars pour un budget de 8 seulement. Autant que l’horreur, les scènes de panique et la politique mesquine des autorités locales, le trio d’acteurs principaux fait du film un classique. A l’époque, des acteurs plus connus avaient été considérés: Robert Redford, Steve McQueen, Charlton Heston. Bien en a pris à Spielberg et aux producteurs Zanuck Productions et Universal Pictures de ne pas les caster.

 

In the Heart of the Sea de Ron Howard avec Chris Hemsworth, Cillian Murphy, Brendan Gleeson (2015)

Le film relate l’histoire qui aurait inspiré Herman Melville, l’auteur de Moby Dick paru en 1851. Le commerce de l’huile de baleine bat son plein en 1820 et les membres d’équipage de l’Essex partent chasser en mer. De tempêtes en harponnages, ils font face à un cachalot albinos gigantesque. Le reste est à découvrir. Si le film n’a pas trouvé le succès commercial que son casting et son budget supposaient, il n’en est pas moins superbe. Ron Howard, réalisateur d’Apollo 13, Un homme d'exception et des œuvres de Dan Brown (Da Vinci Code et Anges & Démons) sait créer des moments de tension intense. Filmé au large des îles Canaries, les effets CGI de la mer déchainée sont remarquables et laissent les personnages de cette aventure démunis face à la nature et sa créature sous-marine géante.

 

Sharknado (2013-2016)

Sharknado a débuté comme une plaisanterie en 2013. Pour se différentier des autres films de requins tueurs, le choix de l’absurde a été fait par SyFy: les bestioles sont projetées dans les airs par des tornades et atterrissent sur des villes dévastées (Los Angeles, New York, Orlando, Washington). Et puisque le ridicule ne tue pas (contrairement aux requins eux-mêmes), elles atteignent même dans l’espace.

Sharknado

Le quatrième volet de cette franchise (sortie le 31 juillet 2016) témoigne de son succès. On imagine pourtant que les acteurs auditionnés ont dû réfléchir à deux fois avant d’accepter de participer à ce suicide professionnel en puissance: Tara Reid (The Big Lebowski, Alone in the Dark – le film) et Ian Ziering (Beverly Hills, 90210), David Hasselhoff dans les 3ème et 4ème films et même Mark Cuban, propriétaire exubérant des Mavericks de Dallas (NBA) et pour l’occasion président des Etats-Unis. Imaginez la surprise de Ian Ziering  en découvrant que son personnage, déjà improbable, s’appelle Fin Shepard: le prénom signifie « aileron » en anglais et son nom de famille est quasi-homonyme de « Shepard », « le berger »…

Les puristes rétorqueront que les requins de Sharknado sont autant des créatures aériennes que maritimes. Ceux à quoi on répondra: « regarde de près les affiches du film et trouve-y un sens quelconque, gros malin!»

Sharknado
Même des faux airs de Star Wars: Sharknado n'a peur de rien

Si l'absurde est votre tasse de thé, Mega Shark vs. Mecha Shark vous est chaudement recommandé. Son ton est beaucoup plus sérieux que Sharknado mais pris au 2nd degré, on peut en sourire. Ce troisième volet de la série Mega Shark vaut son pesant de crottin frais. Il est produit par la même société The Asylum (une référence en matière de crottin) et inclut lui aussi des scènes improbables, entre autre celle du mégalodon qui tente de détruire un avion de ligne à 10 000 d’altitude. Spoiler: il est intercepté par le mechashark en plein vol. Tout va bien...

Et si vraiment, vous en voulez encore plus: Avalanches Sharks – les dents de la neige, le tréfonds des films de requin: dans l’espace, sous la neige, de l’humour abyssal (en tout cas dans la version française) et des bikinis. Complètement nul donc à voir.

 

Piranha (1978 et 1995)

Le scénario du remake de 1995 est solide. Opération « Razor Tooth »: durant la Guerre Froide, l’armée américaine lance un programme secret afin de modifier génétiquement des piranhas et d'attaquer les réseaux fluviaux d’Europe de l’est et de l’Union Soviétique. La Guerre prend fin, les financements se tarissent et une bourgade tranquille se retrouve avec une installation désaffectée remplie de poissons carnivores. Un jeune couple déluré s’y introduit et y périt, dévoré. Le reste n’est qu’un prétexte pour voir du sang et éprouver quelques frissons.

Dans la version originale de 1978 du réalisateur Joe Dante et celle de 1995 de Scott P. Levy, très similaires, on retrouve les éléments qui ont fait le succès des Dents de la Mer: un bon rythme entre scènes de tension et de transition, une musique spécifique (un son strident en l’occurrence) qui accompagne les attaques de piranhas, les foules estivales paniquées, les convulsions incontrôlées des victimes baignant dans leur sang, un conflit d’intérêt entre les héros, les promoteurs touristiques et les autorités locales. Piranha s’en différencie sur un point: de jeunes enfants sont directement menacés, blessés et (sauf erreur) tués. On donne donc dans le sacrilège hollywoodien.


Piranha (1978 ici): des affiches "sexy" et des scènes "gore"

Le Piranha de 1978, film d’horreur à petit budget (moins d’un million de dollars), s’est néanmoins distingué. Reconnu comme un film d’horreur décent et réussi visuellement pour l’époque, sa sortie a été menacée par un procès intenté par Universal Studios au producteur New World. Principale motivation: la compétition avec les Dents de la Mer 2 et son budget de 20 millions de dollars. Dans le film de 1995, Bradford Dillman et Heather Menzies-Urich ont été remplacés par William Katt et Alexandra Paul, le côté gore est dilué et le film a été oublié aussi sec. Il inclut cependant une surprise: Mila Kunis (Black Swan, Friends with Benefits, Ted) très jeune, 12 ans seulement.

Le remake se conclue sur un « read my lips: everything is ok », allusion probable au mensonge fait en 1988 par l’ex-président américain George Bush sur l’augmentation des impôts aux E.-U. Sous-entendu: les choses ne le sont pas vraiment. Les piranhas qui ont survécu sont libres de se démultiplier dans l’océan… et sur les écrans, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire au début des années 2010 avec Piranha 3D (2010), Piranha 3DD (2012). Même recette, plus de bikinis, une touche d’humour douteux, un soupçon de David Hasselhoff (dans 3DD, si, si). Même résultat, excepté la 3D.


De petites dents actives, prêtes à démontrer leur efficacité dans Piranha 3D en 2010 (ici) tout comme 1972, 1978, 1995 et 2012

Que les amoureux de Piranha (la version de 1972, effrayante de nullité), White Squall, Anaconda, Lake Placid, Abyss et... l'inénarrable Pacific Rim nous en excusent, cette liste de créatures marines terrifiantes n'est pas exhaustive. Elle vous donnera au mieux envie d'explorer ce sous-genre des films aquatiques d'horreur et de suspense.

A bientôt, pour de nouvelles bestioles.

 

Portrait de MarquisDaily
MarquisDaily

Cinéphile, photoshoppeur et rédacteur en herbe

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