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Flamber à la machine à café: Les Remakes

- "Les remakes, c’est nul, comme les « prequels », « sequels » et « reboots ». Hollywood a perdu sa créativité. Il s’agit juste d’une solution de facilité pour exploiter un scénario éprouvé et faire un max de $"
- "Cet argument de kikoolol…"
- "Rien qu’en 2016: Ghostbusters (1984), Ben Hur (1925, 1959), Peter et Elliott le Dragon (1977), Les Sept Mercenaires (1954, 1960)…  Les partisans du moindre effort!"
- "C’est toi, le moindre effort. Je vais te raconter la vie…"

Ce sens de la modération... Merci, Cardell, hipster en chef, de nous expliquer le comment du pourquoi des remakes de films.

 

Leçon 2: Démontrer que les remakes sont des films à part entière

Niveau de difficulté: 4/5 (pas facile d'y croire soi-même)

Hipstomètre: 4/5 (point de vue radical et anti-conformiste)

 

D’après le Larousse, le terme de remake désigne une « nouvelle version d'un film, d'une œuvre littéraire. » On est surpris de voir de grands noms du cinéma réaliser ou adapter les scénarios de remakes: Steven Soderberg, Sidney Lumet, Oliver Stone, Steven Spielberg, David Cronenberg, Alfred Hitchcock, les frères Coen… On peut évidemment les soupçonner d’apporter leur cachet à une vaste fumisterie hollywoodienne, troquant un remake lucratif contre une vraie création originale. Ce serait partir injustement du principe qu’un remake n’est pas une pratique valorisante, qu’un réalisateur ne peut y trouver matière à exprimer ses idées et qu’un spectateur ne peut l’apprécier. Rien n’est plus faux. Certes, on nous sert souvent du réchauffé bâclé. Mais il existe aussi de nombreux contre-exemples. Les intentions des « remakers » peuvent être louables et le résultat, un bon moment de cinéma.

Alors, un remake, pourquoi et comment?

 

La transmission

La Sortie de l'usine Lumière à Lyon est considéré comme le premier film jamais tourné. On le doit à l’inventeur Louis Lumière et a été réalisé en 1895. 121 ans plus tard, l’industrie du cinéma a créé tant de contenu que rares sont ceux qui peuvent se valoir de connaitre le Septième Art sous toutes ses coutures. Il est probable que le cinéphile moyen regarde avant tout les nouveaux films qui lui sont proposés. Il jettera de temps à autre un coup d’œil dans son rétroviseur cinématographique, ne serait-ce que pour compléter sa culture et apprécier les classiques. Au mieux. Et naturellement, un grand nombre d’œuvres sont progressivement oubliées d’une génération à l’autre. Certains y voient une opportunité de faire partager à leurs contemporains les histoires et personnages qui ont touché les générations passées. On lit bien encore les œuvres littéraires des siècles précédents en vertu de leurs qualités narratives. On rit même encore des pièces de Molière. Alors, pourquoi ne pas faire apprécier un scénario vieux de quelques décennies? Prenons quelques exemples.


L'Auberge Rouge de 1951: quel cinéphile moyen s'en souvient, honnêtement?

En tant qu’acteur, Gérard Jugnot est un grand spécialiste des remakes: Boudu (2005 / 1932, film de Jean Renoir),  L'Auberge Rouge (2007 / 1951 de Claude Autant-Lara), La Nouvelle Guerre des Boutons (2011 / 2011 de Yann Samuell et 1962 de Yves Robert)… mais aussi Les Choristes de Christophe Barratier (2013). A juste titre, ce film est l’un des plus grands succès du box-office français avec 8,6 millions d’entrée, soit la 22eme meilleure performance parmi les films français. A sa sortie, nos charmantes petites têtes blondes ont envahi les chorales. Les chaines de télévision ont abondamment couvert le phénomène, faisant des Petits Chanteurs de Saint-Marc de véritables stars. Il s’agit pourtant d’un remake de La Cage aux Rossignols de Jean Dréville datant de 1945. Avec ses 5 millions d’entrées, il fut lui-aussi un succès populaire, pourtant oublié par la plupart. Un élément particulier du film de 2004 l’inscrit dans son époque et le distingue de l’original: la pédophilie sévissant dans les internats religieux est évoquée alors que le thème est absent du film de Dréville.


Les stars marquantes d'une époque...


... substituées par celles d'une autre, dans Ocean Eleven

Si Frank Sinatra, Dean Martin ou Sammy Davis Jr restent célèbres de nos jours, leur notoriété s’efface peu à peu de manière inévitable. Selon la génération de cinéphiles (et mélomanes) à laquelle on appartient, ils sont encore des stars bien réelles ou les représentants d’une époque glorieuse mais passée. L’entre-deux consiste à en faire des références vers lesquels on se tourne pour transmettre l’influence de ses propres maitres à la génération actuelle. Dans le Ocean’s Eleven du réalisateur Steven Soderbergh, on perçoit même l’espoir d’être soi-même le sujet d’un remake à l’avenir tant les acteurs qui reprirent les rôles du Ocean's 11 de Lewis Milestone (1960) sont eux-aussi des symboles: George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Julia Roberts, Don Cheadle. « En 2001, what else ? », dira-t-on en 2040. Les deux films diffèrent et s’adaptent à l’époque. On n’a plus à faire à d’anciens parachutistes, la référence à la 2nd guerre mondiale étant moins vendeuse au XXIe siècle. La personnalité des personnages change aussi. Mais le cambriolage simultané de plusieurs casinos reste le cœur de l’histoire ainsi que le chef de bande, Danny Ocean (Frank Sinatra/George Clooney). L’équipe de cambrioleurs s’est alors agrandie et la franchise s’est développée avec Ocean’s Twelve (2004) et Ocean’s Thirteen (2007), en attendant la version féminine du casting. Un Ocean’s Eight vers Anne Hathaway, Rihanna, Helena Bonham Carter, Sandra Bullock et Cate Blanchet est en effet annoncé. A ce stade, on peut craindre que le remake se transforme en spin-off pour des motifs autres que l’hommage aux stars du passé…


Copier/coller pour nous faire découvrir des oeuvres passées

La révérence est un exercice délicat. Elle peut offrir des films formidables. Django Unchained de Quentin Tarantino avec Jamie Foxx, Leonardo DiCaprio et l’autrichien Christoph Waltz est exceptionnel et a été primé aux Oscars 2013, y compris pour son scénario. Il est en réalité un remake de Django de Sergio Corbucci (1960). Et bien lui en a pris. De même pour Psychose de Gus Van Sant: son film de 1998 est une copie quasi plan par plan du film d’Alfred Hitchcock. Il se veut faire découvrir ce grand classique à la nouvelle génération, en couleur et non en noir & blanc. A l’inverse, on s’inquiète à l’annonce d’un remake du chef d’œuvre d’Hitchcock Les Oiseaux. Michael Bay en a les droits… danger!

 

L’hommage

Transmettre un film culte d’une génération de cinéphiles à l’autre s’appuie sur trois principes: respecter l’œuvre originale et ses admirateurs qui ne manqueraient pas de créer au sacrilège pour de bonnes ou mauvaises raisons et handicaper le remake (prenez l’exemple Ghostbusters 1984/2016); assumer la filiation entre les œuvres et multiplier les indices que les connaisseurs prendront pour une défit à leur sagacité et sens de l’observation (en d’autres termes, le « fan service »); troisième principe pour le remaker, se respecter soi-même: si l’argent est le seul motif, le résultat s’en sentira. Mais lorsqu’un film est refait avec des intentions louables, le cœur y est.


King Kong de 1933, 1976, 2004

Par exemple, de nombreuses interviews montrent que Peter Jackson a toujours été fasciné par King Kong, film de Merian Cooper et Ernest Schoedsack datant de 1933. Il aurait même tenté son premier remake à l’âge de 12 ans avec la caméra super 8 de ses parents, soit trois ans avant le second remake du film réalisé par John Guillermin en 1976. Ce dernier est le fruit de son époque. Crise de 1973 et naissance du sentiment écologique obligent, la découverte du gorille géant est le fruit d’une campagne de prospection pétrolière. La nature est douce. Un anthropologiste plein de sagesse modère les uns et les autres. Dwan, interprétée par Jessica Lange, parle à Kong dans une relation que Peter Jackson qualifie d’ « étrange sous-entendu sexuel 70’s ». C’est finalement en 2004 que Peter Jackson réalisa son rêve d’enfant entre le Seigneur des Anneaux et le Hobbit. Sa version colle à l’œuvre originale. Les moyens de l’époque permettent de retrouver le caractère spectaculaire des machines animées des années 30 que l’humain de 1976 déguisé en gorille avait quelque peu dévoyé. La nature est majestueuse mais agressive. Les insectes géants s’attaquent aux humains et les animaux s’y battent entre eux. La scène finale se déroule au sommet de l’Empire State Building de New York comme en 1933, et non pas du World Trade Center comme en 1976. On imagine aisément que le réalisateur Carl Denham, incarné par Jack Black, n’est en fait autre que Peter Jackson lui-même vivant son rêve d’enfance au point de courir entre les pattes de brontosaures et de tyrannosaures en chasse, sans lâcher sa caméra!


Le Limier en 1966 et 2007

Il existe d’autres exemples de ces clins d’œil que les remakes font au film dont ils sont issus. En 2004, Jude Law interprète Alfie dans un film de Charles Shyer. Michael Caine avait déjà incarné le séducteur impénitent en 1966, dirigé par Lewis Gilbert. Etrangement, ces deux mêmes acteurs se retrouvent dans cette même situation dans Le Limier en 2007, film de Kenneth Branagh. Ce huis-clos est non seulement un remake d’un film de 1972 de Joseph Mankiewicz (ou au moins, la réinterprétation de la même pièce de théâtre) mais Jude Law y joue le rôle que Michael Caine interprétait dans le premier film. Michael Caine quant à lui change de peau et 35 ans plus tard, devient l’autre personnage de ce face-à-face. Pour ainsi dire, le relai entre deux excellents acteurs anglais est passé. Assurément, leurs admirateurs et eux-mêmes ont trouvé là matière à comparaison et réflexion.

 

L’adaptation culturelle

Rares sont les films non-américains qui parviennent à être un succès en salle aux Etats-Unis, baromètre du cinéma mondial. Même un succès critique comme L’Artiste de Michel Hazanavicius, Oscar du meilleur film en 2012, ne récolta que 44,7m$ outre-Atlantique, autant dire une broutille. Du fait de sa production relativement importante, le cinéma français se prête bien à son adaptation hollywoodienne. D’autres cinémas (japonais, coréen, hongkongais) bénéficient du même traitement afin de s’attirer les grâces du marché américain, et par extension du marché mondial. Les exemples, bons comme moins bons, sont légions.


La scène du toit entre Sam/Colin et Yan/Billy, versions hongkongaises et américaines

Infernal Affairs, film des réalisateurs hongkongais d’Andrew Lau et Alan Mak (2002) a été primé par pas moins de 23 récompenses internationales. Il relate l’histoire croisée d’un policier infiltrant la mafia et d’un malfrat devenu policier, œuvrant dans l’ombre au profit d’un trafiquant de drogue. Il a été suivi de deux autres films constituant une trilogie racontant une seule et même histoire. Son succès n’a pas empêché le grand Martin Scorsese et son scénariste William Monahan de propulser leur remake au sommet des Oscars de 2007 (4 récompenses pour 5 nominations, une première pour Scorsese) et d’engranger 290m$ contre 8,7m$ seulement pour le film dont il est inspiré. Le film est transporté de Hong Kong à Boston et sa communauté irlandaise. Il a gagné en violence et le mafieux Costello incarné par Jack Nicholson, en folie. Il a aussi fait le choix de stars internationales comme Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Alec Baldwin, s’assurant l’intérêt d’une audience internationale. Mais on a bien à faire un remake et les deux versions s’appuient sur le même scénario, les personnages principaux similaires, des personnages féminins comparables et des scènes identiques y compris le rendez-vous dans le cinéma porno.


Le Solaris russe de 1972 et son remake américain de 2002 avec George Clooney et Natascha McElhone

Certains films se transportent bien d’une culture à l’autre. On pourrait même dire qu’ils se dénationalisent facilement afin de toucher un public international plus large. Le Solaris américain de Steven Soderbergh (2002) n’a pas à rougir de la comparaison avec le chef d'oeuvre russe d’Andreï Tarkovski (1972). Tous deux sont contemplatifs, émotionnels et réussis. Les comédies offrent un autre défi, surtout lorsque le remake est proposé aux spectateurs familiers de la version originale. Difficile d’imaginer Sylverter Stallone dans un rôle joué par Louis de Funès au cinéma et au théâtre? Et pourtant, il l’a bien fait avec le remake d’Oscar de Edouard Molinaro (1967) dans L’Embrouille est dans le Sac de John Landis (1991). Résultat: 62 000 entrées en France seulement. De même, pas sûr que le remake italien de Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon (2008) intitulé Benvenuti al Sud ou sa possible adaptation américaine Welcome to the Sticks soient bien accueillis par les français qui ont fait de l’original le champion de son box-office avec 20,7 millions d’entrées. 

 

Le saut technologique

Les avancées technologiques sont, pour le meilleur et pour le pire, une raison communément avancée pour justifier un remake. Tout ou presque peut être créé de nos jours, moyennant temps et budget. Tant de films ont utilisé intelligemment la CGI (« Computer-Generated Imagery ») pour servir leur propos qu’il semble légitime de penser qu’un ancien scénario puisse être magnifié par les nouvelles technologies.


Nouveau, beau et bof vs. vieux, moche et bien

Ce n’est bien sûr pas toujours le cas. Les multiples versions (remakes et autres) de Godzilla ont vu la créature gagner en réalisme et en taille. La dernière de Gareth Edwards en 2014, aussi réussie soit-elle visuellement, n’a pas sublimé le genre et ni transcendé celles qui l’ont précédée. De même, de nombreux films, et notamment d’horreur, ont subi des traitements 3D sans grande valeur ajoutée: Piranha (1970, 1978, 1995 et 3D en 2010 et 2012), Night of the Living Dead (1968, 1990, en 3D en 2006, en animation 3D en 2014), Point Break (1991, en 3D 2015)… Au risque d’apparaitre comme un artifice technique, les règles d’adaptions à l’époque contemporaine doivent être respectées. La violence et le visuel d’un film B du Total Recall de Paul Verhoeven surpasse de très loin son remake de 2012 de Len Wiseman. Pourtant, tout y est plus beau, plus réaliste mais bien trop sérieux et sans imagination. Alors, à quoi bon diluer un film déjà efficace dans un océan d’effets spéciaux?


Entre 1987 et 2014, un gouffre nommé CGI

La technologie en guise de feuille de vigne pour cacher les modestes prétentions créatives d’un remake, certes, le problème existe. Mais comme notre propos est d’honorer l’art du remake, citons un exemple de film qui profite des sauts technologiques réalisés par l’industrie cinématographique. Ce choix pourra vous surprendre. Il est même risqué, comme l’est cet article, donc allons-y: Robot Cop. Sans être un film excellent, le remake a pour lui de ne pas dénaturer les intentions narratives de l’original. L’autoritarisme, la corruption et la recherche d’identité restent les éléments centraux des films de Paul Verhoeven (1987) et de José Padilha (2014). Ce dernier a mis intelligemment à profit la CGI. Certaines scènes illustrent bien son bon usage. Par exemple, les images de synthèse rendent plausibles les rêves d’Alex Murphy / RoboCop (Joel Kinnaman) lorsqu’il se réveille graduellement dans son exo-squelette. De même, plus que dans la version originale, le spectateur est aussi terrifié que Murphy lorsqu’il découverte ce qu’il reste de son corps. On doit bien l’impact des scènes à la CGI qui met un superbe point d’exclamation visuel au « part man, part machine, all cop » de 1987.

 

L’accomplissement

Les mœurs de la société évoluent. Ce qui apparait comme choquant à une époque ne l’est plus à une autre. La création artistique qu’elle soit littéraire, plastique, vestimentaire ou cinématographique s’inscrit dans les conventions sociétales et les lois de son temps. Elle défit, voire modifie ces limites. On peut même dire qu’il s’agit là d’une de ses fonctions principales. Profitant d’un nouveau champ d’expression de sa propre époque, le remake peut aussi accomplir certaines des intentions censurées du film original.

Au cinéma comme à la télévision, les films se voient attribués un visa d'exploitation et affublés d’une classification: tout public, moins de 12 ans, 16 ans, 18 ans en France; G, PG, PG-13, R, NC-17 aux Etats-Unis… Hollywood dispose d’une autorité qui régule cette pratique. Elle fournit aussi des directives et protège les intérêts des studios: la Motion Picture Association of America. Fondée en 1922, elle a vécu de nombreuses transformations. L’équation qu’elle doit résoudre est complexe: comment protéger ses intérêts (et ceux des Etats-Unis), conforter son prétendu universalisme et respecter la sensibilité des spectateurs face à des scènes violentes ou érotiques? Premier président de la MPAA, Will Hays fut à sa tête durant 24 ans à partir de 1922. Mis en œuvre en 1934, son code de conduite aux forts relents religieux a façonné l’ « âge d’or » d’Hollywood. Les époques qui ont suivi ont graduellement assouplies son contenu.


"The world is yours", la censure en moins pour Tony Montana (Al Pacino)

Bien qu’antérieur à l’application stricte du « Hays Code », prenons l’exemple du célèbre Scarface de Howard Hawks (1932). En s’éloignant du roman d’Armitage Trail, le réalisateur et son scénariste Ben Hecht s’exposèrent à la censure de Hays, retardant de six mois sa sortie en salle. Ils durent éditer leur œuvre. Ainsi, dans la troisième et dernière version du film, Tony le malfrat ambitieux est puni par la police. Le bras armé de justice s’abat sur lui et il meurt, pendu. Initialement, Tony tombait victime d’une bande rivale, ce que la censure refusa. Dans son remake réalisé en 1983, Brian de Palma et son scénariste Oliver Stone reprennent l’intention initiale et réalisent une scène devenue légendaire. De même, la censure des années 30 n’est pas restée insensible à la relation quasi-incestueuse entre Tony et sa sœur (Cesca/Ann Dvorak en 1932, Gina/Mary Elizabeth Mastrantonio en 1983). Oliver Stone ne s’embarrasse d’aucune nuance et nous l’offre telle quelle, tant dans les propos de Gina que son négligé en fin de film.

Un autre personnage, bien réel, était surnommé « Scarface »: Al Capone, le célèbre gangster de Chicago dont se sont inspirés Howard Hawk et Ben Hecht. Il était effectivement balafré, violent, puissant. Contemporains, les cinéastes et le mafieux se sont même rencontrés. On imagine la nature de la discussion et les « suggestions » d’Al Capone qu’ils n’ont pas pu refuser. 36 ans après son décès, Brian de Palma et Oliver Stone n’ont évidemment pas eu à négocier avec le mafieux sans foi ni loi le contenu de leur film. Résultat: leur Tony est certainement l’un des « bad guys » les plus aboutis du cinéma.

 


Oui, ok... Parfois, trop, c'est trop

Concluons ce tour d’horizon des bonnes raisons pour faire le remake d’un film, fut-il culte. Tout d’abord, l’exercice n’est pas spécifique au cinéma. Il s’appelle « copie » en peinture, « remix » en musique… Par ailleurs, si les intentions sont bonnes, on est en droit d’espérer qu’un bon remake vaille toujours mieux qu’un mauvais film original. Les multiplications des remakes de blockbusters décevants comme les SpiderMan ou Fantastic Four ont donné du grain à moudre à ceux qui décrient cette pratique. Cependant, elle est aussi vieille comme le cinéma lui-même. L’arroseur arrosé de Louis Lumière (1896) a son remake d’Alice Guy-Blache et il date de… 1897. Elle est aussi employée par les plus grands, y compris sur leurs propres films. Par exemple, Alfred Hitchcock a repris L’Homme qui en Savait Trop de 1934 en 1956. « Le travail d’amateur alors que le remake de 1956 était le travail d’un professionnel », s’en amusait le réalisateur de légende. Oui, l’ « auto-remake », c’est aussi possible.

 

Voilà, l'argumentaire de Cardell tient la route. Le remake, ce n'est pas sale. Et lui de conclure (à nouveau, quelle culture encyclopédique):

  • Les américains ne sont pas les seuls à faire des remakes. Les réalisateurs français aussi. Par exemple, l'excellent De Battre Mon Coeur s'est Arrêté de Jacques Audiard est un remake très proche de Mélodie pour un Tueur de James Toback,
  • Just Visiting, le remake Des Visiteurs, avec les mêmes Christian Clavier et Jean Reno et le même réalisateur Jean-Marie Poiré, est une bouse, zéro débat sur le sujet,
  • Il existe aussi des remakes de jeux vidéos: Resident Evil (2002/2015), Duke Nukem 3D (1996/2015), Final Fantasy VII (1997/2016) pour ne citer que quelques exemples. Et sans parler des remastering,
  • Le remake a sa biennale: The Remakes Market. Elle met en relation créateurs et producteurs pour refaire (« re-make ») des œuvres locales au goût du marché international. Comme en 2014, celui de 2016 en décembre sera consacré aux films chinois.

Point final... avant le prochain remake de cet article!

 

Sources: Les Remakes de Laurent Bourdon (Larousse), IMDB, Allocine, articles et critiques sur The Guardian

 

Portrait de MarquisDaily
MarquisDaily

Cinéphile, photoshoppeur et rédacteur en herbe

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