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F#cking Kassovitz: la tour de Babylon A.D.

Début des années 2000: dans l’esprit de l’acteur-réalisateur Mathieu Kassovitz, une idée naît, celle d’adapter le livre de science-fiction Babylon Babies de Maurice Dantec et de le camper dans une atmosphère futuriste à la Terminator.

21 novembre 2003: sortie américaine de Gothika. Kassovitz signe sa première grosse réalisation hollywoodienne avec Halle Berry, Robert Downey Jr. et Pénélope Cruz. Malgré un succès mitigé, elle ajoute à l’aura du français, primé à Cannes pour La Haine et acteur de films appréciés comme Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001), Amen de Costa-Gavras (2002) puis Munich de Steven Spielberg (2005).


Babylon A.D. et ses acteurs principaux

11 décembre 2006: 1er jour de tournage de Babylon A.D. avec Vin Diesel, Michelle Yeoh, Mélanie Thierry. Les retards, difficultés techniques et problèmes personnels s’accumulent. Une anecdote pour en saisir la nature: en guise de véhicules américains futuristes, des Skodas contemporaines sont utilisées, repeintes en noir et filmées exclusivement de nuit. Une décision est du à la production qui, faute de budget, a empêché l’équipe technique de faire mieux. Elle-même n’en a pas fait part au réalisateur pendant six mois. Lui-même n’a pas suivi les progrès de cet élément critique du film...

29 août 2008: sortie américaine du film. IMDB estime son budget final à 70 millions de dollars pour une recette de 22 seulement. Sa note est de 5,6/10. Sur Tomatometer, Babylon A.D. est gratifié d'un 6% peu reluisant et d’un score d’audience médiocre de 26%. En un mot: flop.

16 novembre 2011: documentariste et portraitiste de réalisateurs comme Olivier Marchal (36 Quai des Orfèvres, Braquo) ou l’illustre Michel Audiard, François-Régis Jeanne réalise Fucking Kassovicz. Il se conclut par la mine dépitée de Mathieu Kassovicz prononçant les mots suivants: "J'attends encore qu'on me dise où j'ai déconné parce que dans le fond...". Puis, un silence. Fin.

4 mars 2013: lors d’un reportage, Mathieu Kassovicz parle de son entrainement physique et dit la chose suivante: "en boxe, si tu n’es pas bon, le mec te regarde comme une merde et tout d’un coup, tu reviens à ce que tu es. Donc c’est super intéressant… J’ai toujours été un petit roquet et apprendre la boxe m’apprend à arrêter de gueuler comme un putois et de juste calmer les choses au lieu de les laisser s’envenimer." CQFD.

Le "fond", laissé en suspens à la fin du documentaire, est dans cet incroyable regard sur un film à la dérive que nous propose François-Régis Jeanne. BigB vous l’avait recommandé lors d’un Live de Cult’n’Click il y a quelques années et à juste titre. Que de leçons à en tirer.


Quand un réalisateur ne peut pas s'entendre avec sa star dès le 2eme jour de tournage...

Tout d’abord, le reportage met en avant l’absence de cohésion dans l’équipe de Mathieu Kassovicz. Si l’ambition de réaliser un film de qualité est partagée par tous, le talent artistique du réalisateur ne se suffit pas à lui seul. Il faut aussi être un meneur d’hommes. Cependant, l’équipe de production et lui n’ont pas réussi à créer un cadre de travail clair. Les stars et particulièrement Vin Diesel ont fini par se rebeller. Le réalisateur de la 2ème équipe Kenny Bates (Training Day, Armageddon) s’empara alors de la caméra, etc. Un puits sans fond.

A de nombreuses reprises, le budget sous-dimensionné du film est pointé du doigt. Selwyn Roberts, le producteur exécutif qui a travaillé sur des grosses productions comme Pearl Harbor et X-Men 2, insiste: avec si peu, les objectifs doivent être précis et raisonnables. A l’inverse, Mathieu Kassovicz suppose que chacun fera preuve de créativité pour réduire les coûts tout en faisant jeu égal avec les superproductions hollywoodiennes. L’argent est pourtant le nerf de la guerre. Tout le monde le sait bien. Rien ne semble pourtant avoir été fait pour éviter un désastre annoncé. Le documentaire explique quels critères financiers déclenchent des mesures correctives mais pas explicitement pourquoi personne n’a dit tout haut ce que tous semblaient savoir. On imagine que la réponse est en fait dans le titre du documentaire, à un « -ing » prêt.


"People should know what the fuck they are doing" (les gens devraient savoir ce qu'ils font):
Vin Diesel n'avait pas tort

Le documentaire rappelle aussi qu’une entreprise telle que la réalisation d’un film est une aventure qui transforme les personnes, dans le succès comme dans l’échec. On peut d’ailleurs dire la même chose de nombreux projets artistiques ou techniques, quel que soit leur domaine. Le Mathieu Kassovicz qui criait à ses techniciens "Vous faites ce que je veux !" et enchainer les « no, no, no, no » à toutes leurs propositions, cet homme-là a muri. En 2011, le documentaire montre qu’il sait faire preuve d’autocritique. En 2013, on le voit faire le nécessaire pour changer de comportement.

Fucking Kassovicz: un documentaire à ne pas manquer.

 

Portrait de MarquisDaily
MarquisDaily

Cinéphile, photoshoppeur et rédacteur en herbe

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